Imaginez que votre entreprise ferme ses portes pendant un mois entier. Pas de ventes, pas de mouvements, le néant. C'est le cauchemar que vivent 52% des entreprises mondiales, qui perdent l'équivalent d'un mois d'opérations par an à cause des ruptures logistiques. Ce chiffre, révélé par le dernier rapport de DP World, fait froid dans le dos.

Mais pendant que certains subissent, d'autres bâtissent des forteresses. La semaine dernière, le paysage logistique européen a tremblé : Geodis s'offre un géant du transport français, ID Logistics lance une offensive massive de recrutement au Royaume-Uni, et DHL verrouille le ciel avec Airbus pour les années à venir.

Le message est clair : face à l'incertitude (géopolitique, climat, pénuries), la réponse n'est plus de subir, mais de contrôler. Que ce soit par le rachat d'actifs, le renforcement des équipes ou la technologie de pointe, les leaders ne cherchent plus le "Juste-à-temps", mais le "Juste-au-cas-où".

⏱️ Vous n’avez que deux minutes ?

  • Geodis acquiert Malherbe, créant un leader du transport routier en France avec 2 milliards d'euros de CA cumulé. Objectif ? Densifier le réseau et sécuriser la capacité.

  • ID Logistics prévoit d'embaucher 500 personnes au Royaume-Uni d'ici 2026, confirmant l'explosion de ses activités e-commerce outre-Manche.

  • DHL Supply Chain renouvelle son contrat historique avec Airbus. Au menu : gestion de 350 000 expéditions par an via des "tours de contrôle" (LLP) en France et en Espagne.

  • Selon DP World, plus de la moitié des décideurs logistiques perdent un mois de productivité par an à cause des perturbations. La solution ? Investir massivement et diversifier.

🔍Vous avez dix minutes ?

Le monde de la Supply Chain ne ralentit pas, il se consolide. 

  • La consolidation comme bouclier (Geodis & Malherbe) : En rachetant Malherbe, Geodis ne se contente pas d'ajouter des camions à sa flotte. C'est une stratégie de densité. Dans un marché fragmenté, contrôler une flotte propre de 1 500 véhicules et un réseau de 40 agences permet de garantir à ses clients (notamment dans l'agroalimentaire) une capacité de transport que les sous-traitants ne peuvent plus toujours assurer. C'est le retour en force du modèle "Asset-Heavy".

  • La croissance malgré la crise (ID Logistics) : Alors que l'économie britannique est sous tension, ID Logistics y voit un terrain de conquête. Le recrutement de 500 profils (du préparateur au manager) n'est pas anodin : c'est le signe d'une confiance absolue dans la croissance du e-commerce et de la logistique contractuelle. L'entreprise ne gère pas seulement des flux, elle gère des carrières via la mobilité interne pour fidéliser ses troupes dans un secteur en pénurie de talents.

  • L'orchestration plutôt que l'exécution (DHL & Airbus) : Ce renouvellement de contrat illustre la tendance du Lead Logistics Partner (LLP). DHL ne se contente pas de déplacer des pièces d'avion ; ils pilotent l'ensemble de la chaîne via des "Control Towers". Visibilité, gestion des urgences (AOG - Aircraft On Ground) et réduction de l'empreinte carbone sont désormais indissociables. Airbus n'achète pas du transport, mais de la tranquillité d'esprit.

👉 Insight stratégique applicable

Commencez par auditer votre visibilité tier 1 (seuls 60 % l’ont), testez un corridor alternatif pour un flux critique et intégrez l’ESG dans votre S&OP dès maintenant – c’est le leadership de demain.

📊 Data & Benchmark

Le prix de l'impréparation

Le rapport "Without Logistics" de DP World nous livre une statistique cruciale pour justifier vos budgets 2026 :

Leçon : La résilience ne s'achète pas en "one-shot", elle se construit en maillage.

🎙️ Vidéo de la semaine

Dans une session de questions-réponses fascinante avec WIRED, Aaron Alpeter, expert en supply chain et scalabilité, démystifie la domination chinoise actuelle.

"Ce n'est pas magique, c'est mécanique. Temu est si peu cher parce qu'ils ont éliminé tous les intermédiaires. C'est littéralement la même usine qui fabriquait pour une grande marque, mais qui vend maintenant directement à votre porte."

Cette réflexion éclaire la stratégie "Direct-to-Consumer" qui bouleverse le retail. Mais Alpeter va plus loin en évoquant l'avenir avec les "Dark Factories" (usines noires), ces sites entièrement automatisés qui n'ont même plus besoin d'éclairage car aucun humain n'y travaille.

"La question n'est plus 'Qui peut battre la Chine sur le coût de la main-d'œuvre ?', car la Chine elle-même élimine la main-d'œuvre de l'équation grâce à l'automatisation massive."

🛠️ Zoom Outils

Inspirée par le succès du partenariat DHL x Airbus, zoom sur l'outil indispensable des chaînes complexes : la Control Tower.

Qu'est-ce que c'est ?

Ce n'est pas un simple logiciel, mais un hub centralisé (physique et numérique) qui agrège les données de tous vos maillons : fournisseurs, transporteurs, douanes, stocks.

À quoi ça sert concrètement ?

  • Visibilité End-to-End : Voir en temps réel où se trouve une pièce critique (comme pour les urgences AOG d'Airbus).

  • Alerting Prédictif : Être prévenu qu'une grève portuaire va impacter votre livraison dans 3 jours, et non le jour J.

  • Orchestration : Modifier les flux d'un simple clic pour rediriger une expédition vers un autre entrepôt.

Pour qui ?

Indispensable dès que vous gérez des flux internationaux multi-modaux ou des urgences critiques. Des solutions comme Project44, Shippeo ou les modules dédiés de SAP IBP permettent de digitaliser cette tour de contrôle.

⚡️ La minute technique : Le modèle LLP (Lead Logistics Partner)

On parle souvent de 3PL (Third Party Logistics) ou de 4PL, mais le cas Airbus/DHL met en lumière le concept de LLP. 

La technique :

Le Lead Logistics Partner agit comme l'architecte et le chef d'orchestre de votre Supply Chain. Contrairement à un transporteur classique qui exécute un ordre, le LLP :

  1. Conçoit le réseau optimal (routes, modes de transport).

  2. Sélectionne et gère les autres transporteurs (y compris ses concurrents parfois !).

  3. Porte la responsabilité de la performance globale (coûts, délais, carbone).

Pourquoi l'utiliser ?

Si votre entreprise perd trop de temps à coordonner des dizaines de transporteurs hétérogènes et manque de visibilité globale, déléguer cette "complexité" à un LLP permet de se reconcentrer sur son cœur de métier (fabriquer des avions, par exemple). C'est passer d'une logique de gestion de coûts à une logique de gestion de flux.

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